TRAJETS PHENO-MEINAU

©POLE-SUD

AMALA DIANOR

Artiste associé

Que veut dire cette expression ? Comment un artiste travaille-t-il au coeur d'une maison, en respectant son écriture et ses intentions tout en étant à l'écoute d'un territoire ? C'est là tout l'enjeu d'un tel compagnonnage.
Le dispositif des artistes associés a été créé en 2016 par le Ministère de la Culture et de la Communication pour les Centres de Développement Chorégraphique Nationaux et les Centres Chorégraphiques Nationaux. Une forme spécifique d'accompagnement pour la danse. Les artistes choisis dans ce contexte sont invités par ces structures pour une durée de 3 à 4 ans.
Le temps nécessaire pour développer leur propre projet artistique et participer à la vie d'une maison. Montrer des pièces, créer de nouvelles productions, rencontrer une ville et ses habitants, des partenaires, des écoles, des danseurs, des artistes...
Forts de nos nombreuses années d'expérience dans le domaine de l'accueil d'artistes en résidence nous savons que ce choix est important pour la réussite d'un tel projet. La forme esthétique, les qualités relationnelles, la disponibilité et la capacité créatrice nous ont très vite orientés vers cet artiste généreux et fécond qu'est Amala Dianor.
Essentiellement basé sur les énergies et l’art de la rencontre, son travail utilise le vocabulaire et les codes de la danse hip-hop qu'il insuffle au langage contemporain, et vice-versa. C'est dans cette double approche que son style est unique et reconnaissable, fluidité et élégance.
C'est ce talent dans le mélange des genres qui nous a encouragé à lui demander d'écrire une pièce participative : Trajets Phéno-Meinau
La pièce réunit sur scène, des adolescents, des adultes amateurs, des professionnels, des gens de la Ville et de la Meinau pour nous parler de fraternité et de dépassement de nos différences.
Rien que le titre et le sujet de la pièce sont pour moi le symbole d'une attention particulière qui rejoint celle que porte POLE-SUD pour son quartier. Notre maison est implantée sur ce territoire depuis plus de 40 ans. Le projet du lieu a régulièrement changé et évolué vers ce label national de Centre de Développement Chorégraphique. Cette reconnaissance nous a permis de nous réapproprier une parole et un projet en direction de notre environnement immédiat : la Meinau. Aujourd'hui, notre ambition est d'être un acteur aussi légitime qu'un autre dans ce combat contre les inégalités sociales. L’art et les artistes sont de formidables vecteurs d'émancipation culturelle et nous nous devons, tous ensemble d'oeuvrer pour le bien commun et le vivre ensemble. _Joëlle Smadja, Directrice de POLE-SUD
 
TRAJETS PHÉNO-MEINAU
Spectacle participatif avec des habitants du quartier de la Meinau, des élèves du collège Lezay Marnésia, des danseurs amateurs et professionnels.
 
SA 09 + DI 10 JUIN - 17:00 - POLE-SUD
Entrée libre sur réservation billetterie@pole-sud.fr
 
Portes ouvertes à tous pour venir voir Trajets Phéno-Meinau, l’aboutissement d’un intense projet participatif imaginé par le chorégraphe Amala Dianor. 
Entre musiques et danses, ce spectacle gratuit est le résultat d’une véritable aventure. Près de cinquante personnes se retrouvent sur scène : des artistes professionnels, des amateurs, des habitants du quartier de la Meinau, des danseurs traditionnels ainsi que des élèves en classe à horaires aménagés musique (CHAM) du collège Lezay Marnésia.  
Trajets Phéno-Meinau, c’est l’histoire de deux frères adoptifs partis voyager, ayant découvert le monde sous bien des horizons différents. Mais ce récit n’est qu’un premier pas pour entrer dans la danse, partager ses rythmes, et vivre ensemble l’expérience d’un spectacle choral. Un réjouissant moment de partage.
Direction artistique : Amala Dianor
Avec la collaboration de : François Lamargot, assistant à la chorégraphie / Julien Breton, calligraphie / Franck Babene  « Blade », beatbox / Steeve Eton, paysages sonores  / Clément Debras, scénographie
Avec Etienne Fanteguzzi, Marino Vanna, Béatriz Beaucaire et Francisca Hernandez , artistes de la région
Et Roseline Herbin, Patrick Wendling, Serge Bomstein, Maria Eugenia Hernandez, Claudine Fleckstein, Hélène Stoltz, Valérie Kretchkof, Maëlle Dubourg, Nina Faramarzi, Eleonora Natilii, Katia L’hote, Maeva Caboche, Anne Balzinger, Noémie Cordier, Anita Aladine, Emmanuel Nosel, Marcos Bompadre, Selma Seiller, Katerina Ankerhold, Elena Bournez, Clara Bottlaender et Angélique Hertzog, danseurs amateurs
Avec les professeurs de la CHAM, Classe à Horaires Aménagés Musique : Jacinthe Grauffel, Margaux Hugbart et leurs élèves : Amandine Aria, Gloire Sylviana Boyela Ilebo, Kalia Gorid, Azad Ilgec, Victoria Leguenkina, Oumayma Morabit, Maria Nguyen, Mohamed Yahia, Meïssa Bekkouch, Soukeina Bouhnouf, Abdoul Karim Diarra, Pauline Ehsan Ziah, Hajar Farid, Ikram Gourari, Sedef Gungorcu, Melike Kavla, Zoé Mayer, Kristela Meta, Eva Moustache-Champy, Victoria Rayar, Eva Schwenck, Güle Somer.
Amala Dianor  est artiste associé à POLE-SUD CDCN, dans le cadre du dispositif soutenu par le ministère de la Culture et de la Communication.
Trajets Phéno-Meinau est soutenu par la Ville de Strasbourg, le CGET, le Ministère de la Culture - DRAC Grand Est et le Conseil Départemental du Bas-Rhin dans la cadre du contrat de ville, et reçoit l’aide de la Caisse des Dépôts.
Entretien avec Amala Dianor
POLE-SUD, 10 janvier 2018
 
A mi-chemin de ta résidence de trois ans en tant qu’artiste associé, comment appréhendes-tu aujourd’hui ce contexte de travail, en particulier sur ce territoire, où tu t’es déjà beaucoup investi entre tes créations, les nombreux partenaires rencontrés et les actions artistiques déjà menées ?
Les multiples rencontres effectuées avec les associations, les enseignants, avec les habitants du quartier, les danseurs amateurs et professionnels ont été réalisées dans le cadre du projet Trajets Phéno-Meinau qui se déroulera au mois de juin 2018. Et c’était vraiment très intéressant. Elles ont entre autre permis de rassembler de nombreuses personnes d’horizons très divers et de pouvoir former un groupe particulièrement éclectique. Chacun étant très curieux des autres, et très motivé par la mise en œuvre de ce projet, il se dégage une réelle dynamique de rencontre et tous ces échanges sont vraiment passionnants. A la suite de cette première période de découverte et de rassemblement, nous avons abordé désormais une autre étape de ces rencontres, au plus proche de cet évènement qui va nous réunir et dont nous sommes aujourd’hui en train de créer la matière.
Tout le travail mené au préalable pour préparer ce projet, montrer mes créations antérieures, développer la pédagogie, organiser un battle TSC, intervenir au sein de la fête du parc Schulmeister etc… a permis de familiariser et fédérer la plupart des gens intéressés autour de ma démarche et de créer une réelle dynamique. Les équipes différentes qui collaborent à ce projet ont été très bien ciblées, grâce au formidable accompagnement de l'équipe des relations publiques de POLE-SUD. Le groupe d’amateurs qui s’est constitué est extraordinaire et c’est très motivant. C’est devenu au fil des échanges une source d’inspiration intarissable !
 
Pour rencontrer ces amateurs, tu avais souhaité t’appuyer sur les pratiquants de danses traditionnelles ou folkloriques.
Oui, nous avons découvert ici un horizon de pratiques extrêmement riche et varié comprenant des danses colombiennes, iraniennes, de la valse, le sega des îles comoriennes… Cela constitue plusieurs registres et me permet de questionner à quel endroit de ce projet nous allons pouvoir faire exister ces danses-là. Il est aussi très intéressant pour moi de découvrir comment des interprètes professionnels vont pouvoir également s’approprier ces différents matériaux de danse. Nous avons d’ailleurs déjà commencé à travailler sur cette question.
 
 
Comment as-tu agencé ce rapport entre danseurs amateurs et professionnels ?
Ce que j’appelle le "groupe d’amateurs" est en fait composé de deux sous ensembles. Il y a d’une part celui qui est composé par les habitants du quartier de la Meinau, et d’autre part celui des amateurs ayant une pratique plus assidue de la danse. Nous les avons rencontrés dans un cercle plus large qui s’étend à l’agglomération de Strasbourg. Les habitants proposent des matériaux issus des danses traditionnelles qu’ils connaissent. Les danseurs amateurs composent eux une sorte de corps de ballet. J’ai dû dissocier ces deux groupes pour pouvoir travailler sur le matériau de base que je me suis donné : les danses traditionnelles. Quant aux danseurs professionnels, je leur demande un travail plus spécifique et pointu, une recherche à partir des matériaux fournis par les habitants.
 
 
Ce projet de rencontres s’appuie en fait sur les échanges et la transmission d’un groupe à l’autre, telle qu’elle se pratique dans la danse.
Tout à fait. C’est tout l’intérêt du projet. J’ai été invité à intervenir sur ce territoire et m’y suis projeté avec grand intérêt en tant que fédérateur, avec le désir de coordonner des échanges. Les personnes que j’ai rencontrées sont des personnalités très actives, qui enseignent, dirigent des associations, ce sont aussi des personnes qui pratiquent et s’impliquent comme des danseurs professionnels et des chorégraphes. L’idée c’est vraiment de créer des ponts, une dynamique afin, y compris par la suite, de pouvoir développer d’autres projets ensemble.
 
 
Ayant déjà mené d’autres projets durant les différentes résidences artistiques qui t’ont été confiées ailleurs, vois-tu des aspects particuliers à celle-ci ?
La différence se ressent avec le temps, le temps investi sur le territoire, à préparer, travailler, murir un projet, à rencontrer les gens.  Cette année je me suis organisé de façon à pouvoir réellement être présent sur place, et dédier beaucoup de temps à ce projet participatif. Cela a pu s’articuler grâce au temps de préparation que nous nous sommes donnés. La réflexion se faisant, il m’apparaît que le plus important, c’est le temps pris par tous ici pour que je puisse, en tant qu’artiste associé, réellement m’immerger dans le quartier, la ville, le travail. Cela a été clair depuis le début. Joëlle Smadja, Directrice de POLE-SUD, m’a dit : « sens-toi chez toi ». La démarche a été vraiment différente que dans d’autres structures qui proposent des résidences. Je me suis vraiment pris au jeu. C’est la plus grande différence que j’ai rencontrée : le temps qui m’a été donné.
 
 
Cet élément que tu portes en avant, fondé sur la rencontre est aussi lié à des questions d’identité, de corps. Tu les retrouves un peu partout, ou bien y-a-t-il des spécifités selon où tu te trouves ?
Les gens qui participent à ces projets ont une très grande ouverture d’esprit. La question première, je pense, c’est à qui l’on s’adresse. Et la manière de le faire. Elle peut peut-être déclencher une autre perception des choses et du message que l’on souhaite apporter.
Dans le contexte de cette année d’élection avec toutes les tensions que nous avons vécues, je ne peux que constater que les mêmes scénarios se reproduisent. Ce que je trouve dramatique car malgré le vivre ensemble, l’information, beaucoup de gens continuent à témoigner d’une même colère envers leurs voisins. Je ne parviens toujours pas à comprendre comment les mentalités mettent tant de temps à changer, à s’adapter, comprendre le monde dans lequel on vit. C’est pourquoi je pense donner donner à voir les choses différemment me semble important.
 
 
Trait d’union, ta plus récente création, à l’origine un duo entre deux interprètes femmes, a subi de multiples péripéties. Mais il me semble qu’elle est malgré tout restée dans le droit fil de ce que tu souhaitais développer, la relation avec d’autres champs artistiques. Quelle est cette nouvelle orientation ?
En effet, le projet a complètement changé. L’une des deux danseuses pressenties dans le duo initial s’étant désistée, j’en ai invitée une autre. Mais la seconde, ne se retrouvant plus dans le projet a préféré se retirer aussi. Du coup, la dernière arrivée restant seule, plutôt que de repartir sur un duo féminin, j’ai opté pour une autre solution. J’ai alors décidé d’associer à la danse tonique de Sarah Cerneaux – interprète habitée qui a tourné dans la pièce Kaash d’Akram Khan et collabore actuellement avec la Liz Roche company –un artiste issu d’un autre champ, le calligraphe Julien Breton qui pratique le light painting, une démarche artistique qui allie à la fois le mouvement et la peinture, la maîtrise et la spontanéité du geste. C’est donc une autre question qui a porté ce nouveau duo : la rencontre entre le mouvement dansé et le mouvement créé à travers la calligraphie lumineuse, travail qui consiste avec un appareil photo et des lumières à concevoir un objet calligraphique évoluant dans l’espace. Je l’avais déjà invité dans la perspective du projet Trajets Phéno-Meinau pour proposer aux habitants du quartier de créer leur propre calligraphie. Un moyen pour moi, en passant par ce medium, d’aborder avec eux un autre monde, celui de la danse et de les amener au mouvement. Je trouvais très intéressant d’observer le rapport qu’il avait entre le fait de produire de la calligraphie et le mouvement qui se crée dans son corps, les gestes qu’il utilise pour écrire dans l’espace. Ce duo est une forme courte.
 
 
Comment s’organisent ces premiers échanges ? 
Cela commence par des directions que je leur donne. Car il nous faut, dans un premier temps, créer de la matière. Connaissant leurs points forts et leurs limites et je leur ai proposé les mêmes consignes que j’avais utilisées dans l’atelier calligraphique. Par exemple, je leur ai demandé d’écrire un mot et de le traduire physiquement. Avec la matière que cela crée, je débute l’écriture chorégraphique. Je travaille à la composition, l’organisation, l’accumulation des mouvements de chacun. C’est ma façon habituelle de procéder.
En revanche, pour la création 2019, The Forgiven Stardust, pièce pour neuf danseurs issus du classique, du hip-hop et du contemporain, je compte m’impliquer davantage dans la scénographie et les costumes, éléments que j’ai peu explorés jusqu’à présent.
 
 
Propos recueillis par Irène Filiberti